Zen Way Is Right Here

Etre Disciple, c’est audacieux


La relation de Maître à disciple, du point de vue du disciple, se limite-t-elle à vouloir impérativement une assurance sur le choix qu’il a fait en s’engageant dans une pratique sensée le conduire à la réalisation, compte tenu de la difficulté pour lui de se voir tel qu’il est ? Ne devrait-il pas plutôt prendre soin d’être en accord avec ce qui est défini par Eveil, Maître, Réalisation et Disciplitude ?

Cette démarche lui permettrait de définir plus aisément ses besoins, ses limites, ses devoirs et ce qu’il est en droit d’attendre de la voie qu’il a choisie. Trop souvent, le disciple aborde ces questions pour ajouter une nouvelle couche à son bagage de connaissances et confirmer ce qu’il croit. La première des confusions est : prendre l’Eveil pour un état formidable et constant, voir le Maître comme un être omniscient, la réalisation comme une opportunité de se refaire ou comme un succès, et la disciplitude comme une abdication.

L’Eveil n’est que cette capacité – le désir de l’esprit d’Eveil – que nous avons tous à nous éclairer sur nos illusions, nos attachements, nos errances et nos erreurs.

Le Maître n’a rien d’un être omniscient, il est un être ordinaire pas très ordinaire. Ordinaire parce qu’il est un homme, avec ses illusions, ses attachements et ses erreurs, pas très ordinaire parce qu’il a acquis cette habilité, de par sa longue pratique, à reconnaître ses attachements, ses illusions, ses erreurs et qu’il s’est rendu libre de tout besoin d’appropriation. Il a fait lui-même l’expérience de la pratique juste et continue. S’il n’y était pas parvenu, comment pourrait-il prétendre convaincre le monde de se donner à cette pratique ? Il actualise la compassion de bodhisattva d’une façon la plus ordinaire qui soit dans ce qu’il y a de plus humain. S’il est reconnu comme tel par le disciple, le Maître devient sa source d’inspiration dans la quête de lucidité sur lui-même hors des champs du narcissisme.

La réalisation, à défaut d’être un résultat, doit être perçue et vécue comme une suite d’opérations pour rendre effectif ce désir de l’esprit d’Eveil. La réalisation est la pratique en elle-même, celle de zazen comme celle d’être réellement présent dans sa vie quotidienne.

Est disciple celui qui met en pratique l’enseignement du Maître qu’il s’est choisi et qui a été reconnu comme tel par le Maître, celui qui ne souhaite plus continuer à être ce qu’il a toujours été, et par ce fait même qui accepte d’être frustré par ses attentes déçues et qui parvient avec l’aide de son Maître à contenir son anxiété produite par le désir de comprendre ses mécanismes de défenses, ses projections et ses découragements. Se conduire comme un disciple, c’est mettre fin aux illusions qui nourrissent le besoin de s’approprier quelque chose que le Maître possèderait et de désirer la transformation (retournement). Ce n’est sûrement pas un détournement de cette relation vers les besoins de sécurité ou la quête d’indulgence. Seul le disciple qui pratique avec son Maître a le privilège de l’expérience d’une relation de cœur à cœur (i shin den shin) ou d’une écoute conjointe silencieuse de la vérité, celle où l’on sait que l’ego est un objet perçu, non une conscience percevante. A cet instant, Maître et Disciple n’existent plus, seule la bienveillance et l’attention d’un être pour un autre être demeurent. Cette relation née de la capacité à être disciple change les choses parce qu’il est devenu impossible de ne pas accepter les choses telles qu’elles sont (Immo).

C’est le doute et le tiraillement (ne pas reconnaître l’autorité du Maître comme un moyen habile pour se libérer) qui créent l’aliénation, donc une relation désastreuse. Le fait qu’un Maître ne nous convienne pas ne devrait pas remettre en question la Voie, mais donner le courage de ne pas développer une attitude de rejet. Si cette honnêteté n’existe pas, alors il ne peut y avoir confiance et amitié spirituelle (kalyana mitrata).

La disciplitude est une attitude de l’esprit, et surtout un mode de vie, régie par la volonté d’appliquer dans sa vie quotidienne le chemin octuple préconisé par Bouddha avec le soutien d’un Maître. Elle n’est donc ni une démarche intellectuelle, ni une affaire d’affect, ni un besoin social et encore moins de la normalité. C’est une aptitude à se conduire comme un disciple dans une relation intime d’être à être, elle ne peut donc être envisagée comme un cadre dans une relation avec une institution ou une organisation.

Parfois, la disciplitude est perçue comme une abdication de la raison ou une obéissance aveugle à un Maître, donc une aliénation de sa liberté, alors qu’elle fait appel au discernement et à l’entendement, c’est-à-dire au fait d’accepter – après les vérifications d’usage (connaître la filiation du Maître) – la relation de Maître à disciple (transmission et enseignements) une fois la preuve que cela nous convient soit faite. La disciplitude, ou comportement de disciple, demande à être développée loin de l’angoisse d’un «moi».

Alors il faut le courage et surtout l’audace d’oser.

Kakudo Sensei

(Texte contrôlé avec The plagiarism Checker University of Maryland et sur plagium )
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